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L'interview : Kris, scénariste brestois

"Ma source à moi, c'est Brest et ses habitants"

Kris est scénariste de BD (Nuit noire sur Brest, Un homme est mort, Notre mère la guerre, Plus près de toi...).
À l'occasion du salon Penn ar BD qui s'est tenu à Quimper le 11 mars, Kris nous a donné rendez-vous chez lui pour nous parler bande dessinée, Finistère et souvenirs d'enfance...*
L'intégralité de la vidéo est retranscrite ci-dessous. Vous pouvez en découvrir quelques extraits en vidéo :

Rédaction : Quelques mots pour vous présenter...

Kris : Je m’appelle Kris, je suis scénariste de BD, j’ai 45 ans, (...) 35 albums, ancien barman, ancien libraire et ancien footballeur. Je suis né à Brest, à Saint Marc pour être précis (...). J’y ai vécu jusqu’à une trentaine d’années où je me suis un peu expatrié (...) à la Forest-Landerneau, le long de la rivière.

R : Que lisiez-vous quand vous étiez enfant ?

Kris : Je lisais avant tout le journal Spirou avec notamment des séries comme les Tuniques bleues ou Tif et Tondu. Je suis un grand passionné de bande dessinée franco-belge, ce que l’on a appelé l’école de Marcinelle (Franquin étant son représentant le plus connu avec Gaston Lagaffe) mais également le journal de Tintin, où là les séries étaient un peu plus réalistes. Je lisais avant tout de la bande dessinée, très peu de romans. (...) J’avais une vraie fascination pour les récits en images.

R : L'idée d'écrire vous est venue tôt ?

K. : J’avais 6 ans quand j’ai écrit mon premier scénario de BD. Pour la seule et dernière fois, j’ai dessiné moi-même. C’était un récit de Tif et Tondu qui prenaient une machine à remonter le temps et arrivaient à la préhistoire. Je m’en rappelle bien parce que je l'ai montré à ma mère qui s’est extasiée devant. (...) On peut imaginer (...) que j’avais déjà un peu décidé comme on peut le faire à 6 ans (...) de devenir auteur de BD.

R : Quels auteurs vous ont particulièrement marqué ?

K. : Will, le dessinateur de Tif et Tondu et Lambil le dessinateur des Tuniques bleues. J’adorais à la fois leur dessin très classique franco-belge [et] une espèce de nervosité du trait, une énergie, un dynamisme que je trouvais vraiment extraordinaire. Et puis Lambil, dans les Tuniques bleues, dessinait l’histoire quand même, dessinait la guerre, la guerre de Sécession qui m’a fasciné pendant longtemps. C’est quelque chose que l’on retrouve dans beaucoup de mes récits aujourd’hui.

Il y a eux, Franquin aussi, et un petit peu plus tard, à l’adolescence, Hermann qui est l’auteur de la série Comanche ou Jeremiah, qui a été grand prix de la BD d’Angoulême [NDLR : en 2016, pour l'ensemble de son oeuvre] (...) et qui m’a vraiment amené vers la bande dessinée adulte.

R : le Finistère, un lieu d'inspiration dans votre travail ?

K. : Ca a toujours été un lieu d’inspiration, pour plein de raisons.

[D'abord] les plaisirs d’enfance parce que parmi les BD que je lisais, j’en lisais beaucoup dans le journal le Télégramme de Brest et de l’Ouest, qui avait édité quand j’avais 8/9 ans une histoire de Brest pendant la Seconde guerre mondiale en BD qui s’appelle Brest dans la tourmente de Jocelyn Gille. Et j’avais vraiment adoré ça : tout d’un coup, on me raconte l’histoire de ma ville, des lieux dans lequel je vis.

Un peu plus tard, je me suis inscrit à des cours en breton en 6e/5e de ma propre initiative (...). En tous cas, (...) les cours de breton devaient m'apprendre l’histoire de la Bretagne. Or il y avait un côté presque "dark edges" comme diraient les Anglais, les "âges sombres" attachés à l’histoire de la Bretagne (...) qu’on ne nous enseigne pas au collège et au lycée, l’histoire du Moyen-Âge breton, du duché, etc.

J’ai toujours eu une passion pour mieux connaître les lieux dans lesquels je vis. Il ne faut pas oublier que Brest est une ville qui a été totalement détruite donc qui a un passé qui a été totalement enfoui sous la ville actuelle. Et on ne peut creuser un trou à Brest pour un projet immobilier sans trouver des traces de toute cette ville disparue. Il y a un côté chasse au trésor. (...) C’est quelque chose qui m’a toujours fasciné, retrouver ces histoires disparues et encore plus quand il s’agit de ma région, des lieux dans lesquels je vis. J’ai toujours pensé qu’on racontait mieux les lieux ou les personnes avec lesquels on avait une vraie proximité affective, historique, depuis très longtemps. (...) Ma source à moi, c’est Brest et ses habitants.

R. : Comment travailler avec des dessinateurs qui ne sont pas bretons sur des projets qui traitent de la Bretagne ?

K. : C’est ça le plus compliqué puisque ces deux albums [NDLR : Un homme est mort et Nuit noire sur Brest] ont été dessinés par deux dessinateurs qui ne sont absolument pas brestois, ni même bretons. Etienne Davodeau est angevin, Damien Cuvillier est picard.

Couverture album Un homme est mortJ’ai compris en travaillant sur Un homme est mort, finalement, comment travailler. Au départ, j’ai fait des recherches documentaires extrêmement précises. Ce sont des centaines de photos accumulées, de films aussi à la Cinémathèque de Bretagne pour retrouver le Brest de 1950 ou plus tard celui de 1937/38/39 mais on ne peut jamais être exact. À vouloir trop l’être, on prête le flanc finalement aux erreurs, [de façon] un peu permanente, un peu partout. Donc l’idée était plus de s’immerger dans cette documentation puis après de savoir la lâcher, sauf vraiment pour des lieux très précis pour lesquels on a besoin d’une configuration géographique exacte (...). Mais en réalité, il faut s’en éloigner, la digérer et ensuite retranscrire des lieux "qui ont l’air de", un Brest "qui a l’air de". L’avantage c’est que de mémoire, le Brest de la reconstruction n’existe plus non plus et il n’a existé que quelques mois, quelques années… et encore, chaque semaine ça bougeait, il y avait un bâtiment en plus, un bâtiment en moins donc le côté "reconstruire Brest avec ses baraques et ses immeubles en construction qui a l’air d’un Brest en baraque et en reconstruction" évitait de devoir être exact.

Après on laisse le lecteur faire. Chaque lecteur a son imaginaire voire sa mémoire pour ceux qui ont connu les lieux. Finalement on lui donne un petit bout, on lui permet d’ouvrir les tiroirs de sa mémoire et de son imaginaire et lui fait le reste. C’est sans doute comme ça que l’on arrive non pas à une exactitude mais à une justesse de reconstruction qui suffit largement au lecteur pour s’immerger et s’y retrouver.

R. : Quel est votre endroit préféré en Finistère ?

K. : Le bord de mer, de façon extrêmement originale ! Moi je n’aime rien d’autre que les sentiers côtiers. On a une petite maison familiale en face d’Ouessant à Lampaul-Plouarzel donc toute mon enfance, mes vacances, ont été passées là-bas à arpenter les sentiers côtiers, les dunes… Je préfère presque les dunes assez basses aux falaises, les dunes étant typiques de la côte nord du Finistère. Après, j’aime arpenter ses villes, ses maisons, ses châteaux typiques mais quand même je préfère le côté sauvage, toute la côte sauvage, la presqu’île de Crozon, Douarnenez par exemple ou la côte sauvage après Brest vers Le Conquet sont vraiment mes lieux favoris. L’avantage quand on travaille à la maison, et quand on est libre de son planning, (...) [c'est qu']on peut aller se balader quand on veut. J’ai repéré les jours où il y a le moins de monde : c’est le mardi et le jeudi (...). Et quand il fait un temps vraiment pas terrible ou au contraire très beau, j’aime bien aller me balader par là-bas, je suis presque sûr de ne rencontrer personne d’autres que des olibrius comme moi. J’en profite chaque fois que je peux.

Pointe Saint Mathieu

R. : Quel est votre produit finistérien préféré ?

K. : Les sardines en hommage à Douarnenez, le bar, les patates (est-ce que c’est finistérien ? [rires]), le beurre salé et surtout pas le kig ha farz (...). J’en ai trop mangé chez ma grand-mère, [ce sont] des années de dimanche après-midi avec des repas qui s’éternisaient pendant 4 heures. Je voudrais qu’on oublie le kig ha farz.

R. : Un souvenir marquant en Finistère ?

K. : Les diverses et multiples accessions du Stade Brestois en ligue 1, qui ont malheureusement souvent été suivies d’innombrables descentes également mais voilà je reste un footballeur, un peu d’amour enfantin. Je suis né à 300 mères du stade, j’ai vécu là-bas jusqu’à mes 23 ans, j’ai joué au Stade Brestois, j’ai vu quantités de matchs qu’on pourrait appeler des purges (des lundis soir sous la pluie, des Brest-Châteauroux...). Mais de temps en temps, il y a des Brest-Strasbourg en barrage [NDLR : en 1989] où l'on remonte en Ligue 1 avec Roberto Cabanas ; j’avais envahi le terrain avec les autres. Voilà, c’est pas mal des souvenirs de foot. Souvent aussi joyeux que (...), majoritairement, décevants.

R. : Tout commence en Finistère ?

K. : Tout commence en Finistère ! J’espère surtout que tout continue en Finistère et pour longtemps encore.

 

* Cette interview a été réalisée grâce à la collaboration efficace de l'équipe du festival Penn ar BD. Merci à eux et merci à Kris pour sa disponibilité !

La BD Un homme est mort adaptée au cinéma

Le 15 mars aura lieu à Brest la projection du film d'animation "Un Homme est mort", d'après l'oeuvre de Kris et E. Davodeau. Le film sera ensuite diffusé sur Arte au printemps. En attendant, vous pouvez retrouver la bande-annonce en ligne.

Team Nautisme by Tout commence en Finistère

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